J'ai trouvé ma méthode de travail!

Donc. Je commence enfin à trouver une bonne vitesse de croisière pour travailler. Mon manuscrit est PRESQUE tout découpé, et je veux réaliser au moins six planches complètes avant de montrer quelque chose à des éditeurs. Pour ce qui est de Photoshop, je me suis fait un template pour mes planches. Je me laisse vraiment beaucoup de marge pour sketcher autour, et mettre mes images de référence ainsi que ma palette à même le document, facilement accessible.

 Exemple d'une planche sur laquelle je travaille.

Exemple d'une planche sur laquelle je travaille.

Chaque planche est un .psd que je "place" dans un document InDesign. Ce document inclut toutes les pages de la bande dessinée, peu importe à quel stade elles en sont. Certaines sont presque achevées, d'autres ne sont que des sketches rapides, ou encore que des carrés avec la description et les dialogues pour chacune des cases. Les blocs roses, c'est lorsque quelque chose n'est pas achevé et que je dois y porter attention. Ainsi, tout mon InDesign se met à jour dès que quelque chose évolue dans Photoshop. Je peux avoir rapidement une vue d'ensemble. 

 Un double page en développement sur InDesign

Un double page en développement sur InDesign

Mais, pour avoir une vue d'ensemble encore plus efficace, j'ai créé un InDesign où j'ai "placé" en aperçu mon InDesign initial. Mise en abîme, toi! Toutes les pages de ma bande dessinée tiennent sur quelques 11 x 17. Comme ça, si je veux imprimer où j'en suis sans sortir les 120 pages (oui, j'en suis à 120 pages planifiées!), quelques feuilles tabloïd font l'affaire. Yes! 

 Une partie du chemin de fer, qui est un fichier InDesign dans un fichier InDesign

Une partie du chemin de fer, qui est un fichier InDesign dans un fichier InDesign

Comme quoi toutes ces années à travailler en design pis à faire de l'édition, c'est jamais perdu!

 

Mes lectures

- La chambre claire, Roland Barthes
- L'imaginaire, Jean-Paul Sartre
- On Photography, Susan Sontag
- About Looking, John Berger
- Plein d'articles sur l'art-thérapie

J'essaie en ce moment de faire un parallèle entre l'art de l'illustration et de la photo pour un passage dans l'histoire où les deux protagonistes comparent leur façon de voir le monde en se servant de leur moyen d'expression respectif. 

Je ne sais pas encore si ça fait du sens, mais j'ai l'impression qu'un moyen d'expression peut se situer quelque part entre perception et sensibilité, ainsi que réalité et imaginaire. Ainsi, l'illustration puiserait davantage vers la sensibilité, et serait à cheval entre réalité et imaginaire. La photo, quant à elle, serait très ancrée dans la réalité, mais elle se promènerait sur le spectre perception/sensibilité. 

 Aperçu de mes notes

Aperçu de mes notes

Jusqu'à présent, je dirais que l'illustration est une ouverture vers son propre monde intérieur, alors que la photo est une ouverture vers le monde extérieur. Un peu comme si l'artiste était un miroir et qu'il déterminait où son reflet se dirige, et que le médium utilisé aurait un impact tangible sur la direction. En tout cas, je me perds peut-être un peu. 

Ce que je veux dire avec tout ça, c'est que les deux personnages principaux, prénommés pour le moment Mylène et Justin, sont illustratrice et photographe respectivement. Et que leurs professions modulent leur vision du monde, et l'impact que cela peut avoir sur eux. Mylène est une personne anxieuse, sensible et observatrice, alors que Justin est confiant et pragmatique. Alors que ce qui définit Mylène paraît comme des faiblesses, la perte de leur enfant démontrera sa force intérieure, avec l'acceptation de la mort et du deuil, mais aussi en embrassant le dessin pour reprendre confiance en la vie, et faire exister un enfant qui n'est jamais venu au monde. Elle saura rendre sa sensibilité et son monde intérieur concret et tangible, grâce à l'illustration. 

 

Sur l'amour et l'autofiction

Romane devait venir au monde le 14 février 2018. Environ. Un bébé de la St-Valentin, question d'ajouter une couche à notre tristesse. La fête de l'Amour ne sera plus jamais la même pour Jimmi et moi. 

Cela fait bientôt un mois que je travaille sur le script. Je connais le titre. Les grandes lignes sont écrites. Il ne reste qu'à polir tout ça, régler certains détails, et je pourrai commencer à le faire lire aux principaux intéressés. 

Hier, Jimmi et moi sommes allés au restaurant. Il sait depuis un moment que je suis en train de travailler sur une bande dessinée qui parlera de Romane et nous deux, mais ce fut la première fois que je lui en parlais concrètement. Comment le jeu de départager la fiction de la réalité est un processus à la fois difficile et passionnant.

Elle devait venir au monde cette semaine. Les derniers jours ont été difficiles. Je me sens comme si la vie que je devais vivre se passe en parallèle quelque part où je n'ai pas accès. Et que ma réalité est vide. On m'a enlevé un chapitre que j'étais supposée vivre, devenir mère, et je ne sais pas où tout ça s'est égaré. 

Ce que je pense des blogues

Mon premier blogue, je l'ai tenu lorsque j'avais douze ans. C'était une page perso que j'avais monté une ligne html à la fois, avant de prendre connaissance de l'existence du copier-coller. Je crois que j'utilisais Dreamweaver et que j'étais hébergée par cjb.net à l'époque, sur le gros ordinateur beige que mes parents avaient installé dans le sous-sol de notre bungalow sur la rue des Mélèzes. J'y passais tous mes après-midi pendant les vacances, au lieu d'aller jouer au soccer ou au volley-ball comme tous les autres enfants. 

Mon blogue traitait de mes deux sujets favoris de l'époque; les spoilers et les théories sur Star Wars Episode I, et tout ce qu'il fallait savoir sur la cinquième saison de X-Files, entrecoupés de gifs et de fanarts, agrémentés par une musique MIDI. Avec du recul, je me dis que Reddit m'aurait obsédée si ça avait existé à l'époque. 

Tous les jours, j'envoyais un article ou un dessin aux gestionnaires de blogues dédiés à Star Wars. Je peux même me vanter d'avoir eu une certaine notoriété.

Ça, c'est l'époque où Internet n'était pas le bordel sans limites d'aujourd'hui. Une préado qui passe ses journées dans un sous-sol à Rimouski pouvait se faire connaître et appartenir à une communauté sans faire trop d'efforts. À vrai dire, il suffisait d'exister pour que ça marche. 

Il m'arrive souvent de me dire que cet Internet-là qui appartient au passé était beaucoup plus intéressant que ce qu'il est devenu  aujourd'hui, même en faisant abstraction de la nostalgie qui m'habite peut-être lorsque j'y pense. 

À l'époque, il n'y avait pas toutes ces notions étourdissantes de SEO, de statistiques, analytics pour tout le reste. On n'était pas des milliards à crier pour attirer l'attention. On ne faisait qu'y mettre notre coeur, et le reste suivait.

J'ai souvent l'impression qu'aujourd'hui, ce que tu as à dire, c'est secondaire. Tu dois te démarquer en faisant comme tout le monde. Développer des stratégies en te fiant aux comportements d'usagers en ligne, te plier à tous les tops 10, aux gourous de créativité qui t'enseignent à user de la même créativité que tout le monde. Tes photos doivent avoir tel aspect pour que ça marche, ton texte doit avoir tels mots pour que ça ait de la poigne pis que tsé, le référencement, hein. Ton texte doit avoir telle longueur, jamais au déci ou au-delà. Tu dois être authentique, sans négliger de suivre certains critères. 

Aujourd'hui je pars un blogue, encore. J'en ai probablement parti plus d'une dizaine depuis mes débuts dans ce bungalow. Je les pars toujours avec un élan de passion et de naïveté. Puis je laisse tomber. Je finis toujours par n'y voir que de l'absurde. Et je deviens cynique. 

J'aimerais me rappeler plus souvent l'ado que j'ai été, qui faisait tout par passion et que pour elle-même, et qui se foutait de ce que les autres pouvaient en penser.

Partir

 

Partir un mois au Portugal, en faire un événement. En parler à tout le monde, dire à quel point ce sera fou, que non, c'est pas comme tout le monde, je m'en vais faire une formation en illustration, tu vois? Oui, une école d'illustration, à Porto. Oui, sur le thème de la bouffe. Puis je pars en roadtrip avec mon chum pis mes parents, de Santiago de Compostelle jusqu'à Faro. Une belle grande boucle. 

Partir en me persuadant d'être unique et différente, alors que je suis pareille à tout le monde.

Croire que ça va tout changer, que je vais trouver les réponses. Suspendre ma vie pendant quatre semaines, tout en sachant que le temps, je ne peux pas jouer avec lui. 

J'irai acheter un carnet hors de prix au Nota Bene, persuadée que mon achat me garantira de meilleurs sketches. Un bon feutre avec ça, pour ne rien laisser au hasard. 

Me voilà dans mon appartement que je ne quitte jamais, aussi gris que l’été qui ne se pointe pas. Je pars dans deux semaines. Je finalise des contrats, je laisse traîner des petites listes de choses à faire à gauche et à droite. J'essaie de me convaincre de l'utilité de ce journal, que je le tiendrai jusqu'au bout et qu'il devrait alors se passer quelque chose de magique. 

Source: http://www.hellomireille.com